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Bill Gates nous met-il en garde contre l'IA ou…

Regardez, si vous lisez entre les lignes de cette pièce de Bill Gates, il s'agit moins d'un avertissement public que d'une leçon magistrale sur le blanchiment de réputation des milliardaires.
Tout d'abord, Gates a passé des mois à esquiver les critiques concernant son témoignage devant la commission de la Chambre des représentants au sujet de Jeffrey Epstein, son divorce houleux et son ancien passé en matière d'antitrust. Soudain, il publie un essai de 6 000 mots affirmant que l’IA va anéantir l’humanité, nous voler tous nos emplois et créer des armes biologiques. Ce n’est pas un hasard. En relations publiques, si vous voulez que les gens arrêtent de parler de vos scandales personnels, vous leur donnez à la place une crise existentielle de science-fiction, un sujet de débat complexe et ambitieux. En se présentant comme le courageux porteur de vérité qui risque tout pour avertir l'humanité, son image se métamorphose comme par magie, passant de celle d'un magnat de la technologie déchu à celle d'un sauveur héroïque du monde.
Deuxièmement, Gates critique vivement l'industrie technologique l'accusant de dissimuler en secret la dangerosité de l'IA afin de pouvoir lever '' le prochain billion de dollars''. Il se présente comme un noble, un outsider intègre, au-dessus de l'argent. Mais attendez une minute, qui a construit Microsoft ? Et qui finance actuellement toute la révolution de l'IA à hauteur de dizaines de milliards de dollars ?Microsoft! Il critique '' l'avidité de l'industrie'' en termes généraux, mais remarquez qu'il ne mentionne jamais directement l'entreprise qui constitue l'essentiel de son héritage et de sa fortune.
Il y a ensuite ses solutions concrètes, qui paraissent séduisantes sur le papier mais qui sont totalement erronées dans la réalité. Il propose une "taxe symbolique" sur la puissance de calcul de l'IA pour ralentir le remplacement des emplois humains. Mais voilà le hic : une microtaxe sur la puissance de calcul ne représente absolument rien pour les mégacorporations comme Microsoft, Google ou Meta. Mais pour une petite start-up ou un laboratoire universitaire open-source ? C'est une peine de mort. Sous couvert de préserver les emplois, des propositions comme celle-ci ne font en réalité que construire un immense rempart réglementaire autour des géants de la tech, empêchant ainsi toute concurrence potentielle de se développer.
Comprenez-moi bien, la suppression d'emplois due à l'IA et la sécurité technologique sont des problèmes majeurs qu'il nous faut résoudre rapidement. Mais quand un monopoleur à l'ancienne vous demande de lui faire confiance parce qu'il est un « messager imparfait », il faut s'interroger sur ses motivations. Il détourne l'attention de son passé personnel tout en défendant des politiques qui protègent précisément les acteurs établis du secteur qu'il prétend combattre.







